Pourquoi s’intéresser
aux déchets ?
Pourquoi les déchets provoquent-ils le dégoût ?

A Curioz'
project

Pourquoi s’intéresser aux déchets ?

C’est un sujet à « la mode » en France : cinéastes, photographes, journalistes interpellent sur le « toujours plus de déchets produits ». Voilà l’immondice qui réapparait dans tous les débats, et avec lui la peur de voir nos déchets nous submerger. Nous les avions superbement ignoré depuis de longues années grâce à une gestion intégrée : collecte différenciée, campagnes de recyclage, incinération, etc. Mais nous savons aujourd’hui que la France recycle mal, que les incinérateurs sont couteux et polluants, que la société de consommation entraîne un gâchis considérable chaque année. Nous revoilà au point zéro : il faut repenser notre modèle.

Dans ce contexte, nous pouvons nous inspirer de certains pays dits du Sud qui ont intégré la gestion des déchets à l’économie sociale et solidaire au travers de coopératives. Si le modèle n’est pas idéal, conditions de travail difficiles, il est cependant intéressant de tourner notre regard vers ces expériences diverses.



Pourquoi les déchets provoquent-ils le dégoût ?

Lorsque l’on pense « déchet », les mots qui y sont associés sont systématiquement « poubelle », « sale », « malodorant », « pollution », « vermines et nuisibles ». Le déchet entraine dans sa déchéance les personnes qui en vivent.

Cyrille Harpet a en ainsi montré dans son ouvrage « Du déchet : philosophie des immondices » que les travailleurs qui vivent des déchets sont souvent assimilés à celui-ci :

"Le déchet est un outil de stigmatisation. (...) il faut convenir que dès lors que les individus entretiennent une proximité avec « l’abject », ils en sont conséquemment marqués."

Ainsi des récupérateurs de Buenos Aires aux biffins de Paris, ceux qui font directement les poubelles disent ressentir une atteinte à leur amour propre, une certaine contamination à exercer cette activité. Il en va autrement des personnes travaillant au sein d’une structure, comme une ressourcerie par exemple, qui ne récupère pas directement dans les poubelles.

C’est donc ce paradoxe qui m’a amené à m’intéresser à la question des déchets : la récup’ est un phénomène à la mode mais qui reste souvent entaché de honte.

Pourquoi un tel rejet alors que nos déchets sont le reflet de notre société, de notre activité, d’un mode de vie ?


Le projet
« Récuperacteurs »

Le projet naît en Argentine en 2008

Avec la crise économique de 2001, de nombreuses personnes ont dû recourir à l’activité de recyclage informel pour subsister. Quotidiennement des cartoneros (des récupérateurs) arpentaient les rues de Buenos Aires en quête de matériaux recyclables à revendre au poids. À mon retour en 2011, l’activité avait changé : le nombre d’indépendants travaillant en famille avait diminué au profit de groupe parfois vêtu d’un uniforme. L’activité semblait s’être formalisée, avec une amélioration des conditions de vie, via le gouvernement de la ville soucieux de faire de Buenos Aires une ville verte. Pourtant les difficultés demeurent et pour la plupart des habitants de Buenos Aires, les cartoneros restent des « indigents ». C'est pour comprendre comment ils perçoivent l'évolution de leur activité je suis allée à leur rencontre.

Une fois sur place, l’idée d’un regard croisé avec la France est née. En effet, Cristian – de la coopérative Creando Conciencia – m’a un jour demandé si en France aussi nous avions des cartoneros. Nous serions d’abord tenté de répondre « non » tant nous sommes habitués à trier nos déchets et voir le camion de la collecte venir les ramasser. Pourtant, lorsque l’on met un meuble sur le trottoir, celui-ci disparaît rapidement ! Qui récupère et pourquoi ?

De belles rencontres avec ces artisans de la récup’, créatifs, imaginatifs, utopistes parfois mais toujours humanistes. À travers solidarité et partage, ils nous rappellent que la récupération est aussi sociale qu’environnementale.

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Creando Conciencia,
recyclage environnemental et social !

Près de 30% des habitants participent volontairement à ce projet.
En 2010, la coopérative a récupéré 399 355 kg de matériaux recyclables.
Elle permet à une trentaine de personnes de vivre dignement : en 2010, les membres touchaient un salaire mensuel d’environ 1.500 pesos plus 20% des ventes (environ 700 pesos).

Depuis 2005, Creando exerce son activité dans la municipalité du Tigre, province de Buenos Aires, plus précisément dans les quartiers fermés de Santa Barbara et de Nordelta. Ce dernier est l'un des plus grands quartiers fermés d’Amérique latine : grandes maisons tranquilles, espaces verts à perte de vue mais surtout un système de sécurité proche de la paranoïa. Pour toute personne ayant voyagé dans les villes latino-américaines, où le bruit et la pollution sont partie intégrante de la ville, la visite d’un quartier fermé tel que Nordelta est un contraste sans pareil. La coopérative a mis en place un double système de collecte: les déchets non recyclables sont collectés chaque jour et les déchets recyclables le sont trois fois par semaine.

Creando a commencé à collecter les déchets avec une simple charrette, aujourd’hui la coopérative est équipée de trois camions et a récemment acquis un tapis de tri mécanique qui facilite le travail et augmente les rendements. Pour plus d’infos, consultez le site internet.

"On a fait un gros travail de sensibilisation grâce auquel on a réussi à humaniser ce travail."


Recycler à Paris, c'est possible !

1.5 million de cycles sont détruits chaque année.
En moyenne, un français dépose à la déchetterie 200 kg de déchets par an soit environ 6,8 millions de tonnes de déchets collectés par an.
Le gâchis alimentaire représente 150 kg par an par français.

« En quelques dizaine d’années, les foyers se sont équipés d’un nombre impressionnant de biens de consommation. Ce nombre a plus que décuplé en moins d’un siècle. En effet, une famille de 4 personnes qui possédait entre 150 et 200 objets en détient aujourd’hui 2 000 à 3 000 ».

A ce phénomène de mode s’ajoute deux constats : les produits durent moins longtemps, la fameuse obsolescence programmée, et le neuf coûte souvent moins cher que de faire réparer. D’autant plus que nos objets sont de plus en plus complexes, laissant les consommateurs démunis face à leur cafetière, leur imprimante refusant obstinément de fonctionner ! Le consommateur doit donc réapprendre à réparer, la réparation étant à la fois un moyen de donner une deuxième vie à un objet, de faire des économies mais aussi de réacquérir un savoir dont nos grands-parents avaient la maîtrise : la débrouille, la bricole, le système D, etc. Aline de la cyclofficine explique bien dans son entretien que le rôle de l’atelier vélo est d’apprendre aux usagers à savoir réparer son vélo.

Le consommateur peut peser par ses choix de consommation. En privilégiant la réparation, le don, le troc, l’achat de produits d’occasion, il permettra les conditions de développement de ce secteur. Il se découvrira alors peut être une âme de bricoleur, ressentira la satisfaction d’avoir réparer son vélo, retaper un meuble et d’avoir œuvrer pour l’environnement qui pâtit chaque jour de notre système de consommation.


"Il y a quelques années peu de gens achetaient dans les brocantes aujourd’hui il y a une frénésie autour des vides greniers, on espère la même chose pour la recup’."

Infos pratiques

Site Internet : Les Amis de la Terre France
Site Internet : Campagne « produits pour la vie »
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AMIS DE LA TERRE

« Des produits pour la vie ! »

Les Amis de la Terre sont une association écologiste internationale depuis 1970. En France, l’association regroupe une trentaine de groupes locaux répartis sur tout le territoire qui interviennent sur des sujets divers : mode de consommation, finance responsable, forêt…

A Paris, le groupe des Amis de la Terre « Modes de production et de consommation responsable » mène des actions de sensibilisation auprès de la population sur les thèmes de la réduction des déchets via le compostage des bio-déchets, le recyclage, la récupération et la réparation des objets et lutte contre l’obsolescence programmée. Dans le cadre de leurs actions, ils organisent des ateliers compostage et ils ont réalisé un annuaire du réemploi qui liste les adresses près de chez vous pour acheter, échanger, troquer, vendre, etc. Consultez-le ici.

"On utilise le vecteur musical, langage universel, pour que les gens puissent s’approprier petit à petit un langage issu du monde des déchets."

Infos pratiques

Association TALACATAK, Musique, Art & Environnement
Siège Social et atelier: 13-15 rue Boyer
75020 - Paris
Tél : 06 32 36 48 92 / 09 81 99 36 74
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TALACATAK

« Réemploi musical de déchêts »

Au commencement de Talacatak, il y a la rencontre entre son fondateur Lionel Haïun et un bidon abandonné sur la voie publique ! De cette rencontre est née l’association en 2004 qui propose aujourd’hui diverses activités articulées autour de trois valeurs fondatrices : le développement durable, l’émancipation artistique et la construction de lien social. Il ne s’agit pas seulement de produire des instruments de musiques originaux à partir de matériaux récupérés mais aussi de transmettre ce savoir-faire et ses valeurs dans un cheminement d’éducation populaire.

Plusieurs activités sont proposées en fonction des publics concernés :

  • les ateliers musique, art & environnement s’adressent aux enfants comme aux adultes et sont l’occasion pour tous d’apprendre à fabriquer des instruments en récup’, à mettre en place un éco-orchestre et à devenir un « brico-écolo »

  • les ateliers d’éveils musicaux et d’art plastique pour les enfants

  • les ateliers d’approfondissement artistique instrumentaux (découverte des rythmes latins, orientaux, Djembé, Batucada et musiques du Brésil) et plastiques (ateliers thématique, figuration et abstraction, notion de composition...)

Il est également possible de devenir l’heureux propriétaire d’un instrument à percussions, à vents, à cordes, de bruitage, à choisir dans les gamme des 40 instruments disponibles à la vente.

"C’est un endroit ou on se retrouve, tous solidaires, pour réparer les vélos et faire vivre le quartier."

Infos pratiques

Site Internet : L’Heureux Cyclage
Site Internet : Cyclofficine
Les ateliers en Ile-deFrance :
  • A Paris XX, 15 rue Pierre Bonnard
    Ouverture Jeudi vendredi et Samedi, de 14h00 à 19h00, sauf le premier samedi du mois
  • A Ivry-sur-Seine: 6 rue Brandebourg
    Ouverture mardi, jeudi et samedi de 14h00 à 19h00
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CYCLOFFICINE

« Atelier vélorutionnaire »

La Cyclofficine ou pharmacie pour vélo ? C’est en partie l’idée de cette association créée en 2010. L’objectif : sensibiliser les citoyens à l’usage du vélo au quotidien. Comment ? En les accompagnant par une formation continue à l’entretien de leur vélo.

Pourquoi une telle initiative ? Le vélo aide à résoudre de nombreux problèmes : la dégradation de l'environnement, l'engorgement des villes, l'augmentation des coûts liés aux transports (qu'ils soient privés ou publics), l'isolement de certains quartiers et banlieues, les conséquences de la pollution sur la santé publique, la sédentarisation et ses effets sur la condition physique des citoyens. Enfin l’atelier vélo est avant tout un lieux de partage et de convivialité comme le décrive les usagers de la cyclofficine de Paris dans les entretiens audios…

4 questions à Elodie Chabert Coordinatrice de projets à l’Heureux Cyclage

Qu'est-ce que l'Heureux Cyclage?

C'est un réseau qui fédère les ateliers vélos participatifs et solidaires. Dans ces ateliers, les cyclistes trouvent : des pièces détachées de récupération, des outils, et des personnes compétentes (salariés ou bénévoles) : cela permet aux usagers d'entretenir et réparer leur vélo. Les ateliers récupèrent aussi des vélos, pour les remettre en état et leur offrir une seconde vie. Aujourd'hui, plus de 70 ateliers sont en fonctionnement ou en cours de création en France ; la grande majorité sont fédérés à L'Heureux Cyclage et chaque année de nouveaux ateliers ouvrent leurs portes.

Comment et pourquoi est né le projet?

Des ateliers existent depuis 1994, mais leur développement remonte au début des années 2000. Si les ateliers pouvaient entretenir divers liens d'amitié, l'accroissement du nombre de structures locales a fait naître le besoin de mutualiser certains projets. Des projets pour se rencontrer et se connaître mais aussi des projets pour porter à l'échelle nationale les problématiques communes à tous les ateliers vélos : en termes de représentation nationale dans diverses instances et de création d'outils communs.

Quelle est la plus-value de donner une deuxième vie aux vélos?

On estime que environ 1.5 million de cycles sont détruits chaque année, soit l'équivalent de la moitié des ventes (3millions/an). La majorité de ces vélos pourraient être réparés et permettre ainsi d'offrir un transport écologique aux personnes et d'économiser l'énergie nécessaire au recyclage (l'énergie "grise"). Réparons avant de recycler !

Globalement, cela correspond aussi à une économie du cycle qui transiterait vers des vélos de meilleure qualité et de meilleure "réparabilité".

Quelles sont les valeurs diffusées au travers du projet ?

Trois valeurs fondamentales réunissent nos membres : la promotion du déplacement à vélo, la valorisation de vélos par la récupération et le réemploi, la transmission des connaissances mécaniques, apportant ainsi de l'autonomie aux cyclistes, le « do it yourself! ». Ce sont d'ailleurs les trois éléments de la charte de L'Heureux Cyclage qui unit ses membres.

"La ressourcerie c’est un lieux qui aide les gens à trier : on récupère tout ce dont les gens ne veulent plus quelque soit l’état."

Infos pratiques

3 rue Henri Michaux - 75013 Paris
Ouvert le mercredi de 14h-19h, le vendredi de 12h30-19h et le samedi de 11h-19h
Site Internet : Ma Ressourcerie
Courriel: contact@maressourcerie.fr
Tél: 01 80 06 40 88

Site Internet : Réseau des ressourceries
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RESSOURCERIE

« Studio Carton »

Qu’est-ce qu’une ressourcerie ? C’est un lieu qui collecte des objets abandonnés (vêtement, chaussures, livre, vaisselle, jouets, bibelots, meubles, …) pour les revendre dans sa boutique à des prix modiques. Le but est de donner une deuxième vie aux objets collectés et éviter ainsi qu’ils finissent dans l’incinérateur ou à la déchèterie. La ressourcerie est aussi un lieu d’inclusion sociale où des personnes en rupture avec l’emploi retrouve du travail et des qualifications. Enfin c’est un lieu de sensibilisation sur les questions de développement durable, de consommation responsable, du gâchis et des déchets, auprès des personnes venant déposer et acheter. Le réseau français des ressourceries (http://www.ressourcerie.fr/) rassemble aujourd'hui une soixantaine d'entreprises à travers toute la France.

Ma Ressourcerie a ouvert ses portes en février 2011, elle était alors la 2ème ressourceriez à Paris. Depuis, bien d’autres sont venus enrichir le réseau francilien. Ma ressourcerie n’est pas seulement un lieu de collecte et de vente, c’est aussi une association qui propose des cours et de stages de couture, de fabrication de meubles en cartons, notamment. Dans ce bric-à-brac d’objets divers, les bonnes affaires ne manquent pas pour les chineurs : trench Burberry, belle monture de lunette, chaussures Louboutin parmi les marques les plus célèbres, livres à 1euros, chaise refaite avec des ceintures en cuir ou encore des bijoux à partir de pneus élaborée par de jeunes créateurs. La boutique regorge d’objets choisis et remis en état avec soins !

"La rue c’est quelque chose de riche. Il existe tellement de choses que nous pouvons faire, créer...Chaque objet peut servir."

Infos pratiques

4 rue Jean Varenne - 75018 Paris
Tel : O6 61 91 73 31 (Manue Mallet)
Courriel : manuemallet@yahoo.fr
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ARTELLE

« Les Artistes-Artisans »

Manue et Sylvain se définissent eux-mêmes comme des « artistes-artisans », des « bricoleurs», des « bidouilleurs », mais il est difficile de les définir tant leur champs d’activité est large. Ces artisans de l’émerveillement créer des petits objets de déco (des lampes, etc.), des objets ludiques ayant un rapport avec le visuel : sérigraphie sur des 33 tours ou encore le vélo-cinéma exposé dans la vitrine, le tout à partir d’objets récupérés dans la rue, par « manie de la biffe », au grès de leur déambulation dans le quartier de la Porte de Clignancourt.

Ils disent récupérer non pas par militance mais pour raisons économiques et aussi parce que « chaque objet peut servir ». Pour Sylvain la rue est quelques chose de riche : riche en objets abandonnés sur les trottoirs mais aussi riche d’échanges et d’accès à tous à l’art. Ses objets sont donc un prétexte pour interpeller les gens dans la rue, une manière de présenter une autre forme d’art et de récupérer la rue.

Grâce à ces artistes-artisants, les gens du quartier peuvent découvrir une autre forme d’art, ludique et étonnante à des prix accessibles notamment dû au faible coût de fabrication avec des matériaux de récupération.

Fonctionnement des Ateliers Artelle : coopérative regroupant pour le moment 4 personnes, les ateliers abritent une activité de chantiers de restauration (d’appartement par exemple), de fabrication d’objets divers comme décrit ci-dessus, des expositions occasionnelles et des réunions pour diverses associations. C’est ici que les Biffins de la Porte Montmartre se réunissent chaque mois.

"On apprend à être biffin au contact des gens, c’est chaleureux."

Infos pratiques

Site Internet : Carré des biffins de la Porte Montmartre
Site Internet : Association « Sauve qui peut »
Site Internet : Association Amelior
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BIFFIN

« 30 ans de biffe à Paris ! »

Biffins, glaneurs, chiffonniers, nombreux sont les termes qui définissent les personnes récupérant et vendant individuellement de petits objets récupérés (effets personnels, dons, connaissances, poubelle).

Qu’est-ce que la biffe ? Il s’agit d’une activité marchande de revente d’objets usagés, qui proviennent de la récupération, suite à un abandon, un don ou un échange.

Cette activité existait déjà depuis le XIXème siècle à Paris et en France. Jusqu’au 20ème siècle, la récupération de la biffe était intégrée dans l’économie du recyclage. La mécanisation de la récupération, l’industrialisation du traitement des déchets, les politiques hygiénistes ont progressivement exclu les récupérateurs-vendeurs. Cette activité longtemps illégale est encore réprimée en France sur les marchés non-officiels. Face à l’ampleur du phénomène, les autorités locales ont mis en place divers marchés (Porte de Montmartre, Porte de Vanves) pour répondre aux demandes des vendeurs et des acheteurs.

En effet, la France connaît un fort engouement pour la « recup’ » pour des raisons économiques et environnementales, le tri sélectif fonctionnant plus ou moins bien et n’évitant pas qu’un nombre d’objets encore utiles partent à la destruction. Les formes de la biffe sont diverses et évoluent au grès du contexte socio-économique. Aujourd’hui, avec la crise, le nombre de personne vivant de la récup à considérablement augmenté. D'après le dernier rapport de la Mission d'information sur la pauvreté et l'exclusion sociale en Ile-de-France, les biffins seraient 3 000 à Paris. Pour certains, la biffe est une activité temporaire, pour d’autres elle complète des revenus faibles ou une petite retraite. Les profils des biffins sont aussi divers que les objets qu’ils revendent : si certains aiment leur activité et ne demandent qu’à en vivre légalement, d’autres préfèreraient exercer une autre activité professionnelle qui ne soient pas liée aux déchets. Revendiquant un droit à la biffe, certains s’organisent aujourd’hui en association afin de peser davantage face à l’interdit des pouvoirs publics. Ainsi l’Association montreuilloise Amélior ne fédère pas moins de 400 membres dont 250 biffins. Grâce à elle, la halle de la Croix de Chaveau à Montreuil accueil à nouveau des marchés de biffins dans la légalité.

Mr Gibault fait partie des « biffins historiques » puisqu’il a commencé son activité dans les années 1980 « par curiosité » comme il l’explique lui même, en parallèle de son activité professionnelle d’alors. Aujourd’hui il continu son activité de récup’ pour le lien social, « les copains » avec qui il vend, en complément de sa retraite. C’est aussi pour lui un moyen de lutter contre la société de consommation, du gâchis permanent. Son expérience permet de dresser un tableau de la situation des biffins de la Porte Montmartre où il vend au carré mais aussi de retracer une histoire de la biffe depuis les années 1980.

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Âge : 25 ans
Situation : 2 enfants
Ancienneté : 10 mois

Magalie

« Cela fait 10 mois que je travaille ici. On fait un peu de tout, on tourne, on a pas de tâche fixe tu vois. On s’entraide aussi. C’est le bon coté de la coopérative, ce n’est pas rigide comme structure. Moi par exemple j’ai 2 enfants, j’ai perdu beaucoup de boulot parce que j’arrivais en retard ou que je ne venais pas parce que les enfants étaient malades.

Il y a deux horaires à la coopérative, tu peux commencer à 6h et tu finis à14h ou alors 8h-16h. On est beaucoup de mamans ici, alors c’est pratique comme horaires: le matin tu les déposes à l’école et le soir tu les récupères à 17h. Je voulais être journaliste mais je suis tombée enceinte à 17 ans. Mais je vais recommencer mes études pour devenir journaliste. Ici, le travail à la coopérative, c’est bien mais ce n’est pas pour toujours. Il n’y a pas de nourriture qui arrive ici. Presque tout arrive propre, ce n’est pas comme dans la rue, tu n’as pas à ouvrir les poubelles, cela serait vraiment dégoutant. Parfois il y a même des vêtements qui arrivent dans des sacs séparés, bien triés. Par exemple les baskets que j’ai au pied, je les ai eues comme ça. Ce n’est pas super mais pour le travail c’est bien car les vêtements s’abîment vite avec ce travail. »

"Les gens ont pris conscience de l’importance du recyclage. Ici, dans le quartier fermé, les gens ont appris à recycler, avant en Argentine il n’y avait vraiment aucune conscience."

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Âge : 44 et 40 ans
Situation : 1 enfant
Ancienneté : 3 ans

Cristian et Maria

Maria Estrela et Cristian ont intégré la coopérative il y a trois ans. Depuis Cristian est devenu le « responsable du stock »: il vérifie la qualité des matériaux triés avant qu’ils soient vendus, il effectue un second tri.

« Lorsque nous avons commencé, c’était une véritable décharge à ciel ouvert ici. Les voisins étaient très mécontents qu’une coopérative de recycleurs de déchets s’installe dans le quartier mais depuis beaucoup de choses ont changé. Les conditions de travail étaient vraiment difficiles: durant 1an nous n’avons gagné que 3 pesos/heures à raison de 8h/jours, c’était un salaire de misère mais il fallait faire avec. Aujourd’hui je suis content de ce que je gagne, nous sommes très reconnaissant à la coopérative pour ce qu’elle a fait pour nous. Ce qui est bien avec la coopérative c’est qu’on aide des gens en situation de précarité: en travaillant ici ils ont une sécurité sociale, des gains pour leur famille, du travail, c’est beaucoup de bénéfices. Par exemple nous n’avions pas de logement et ils nous ont permis de nous installer ici. Nous ne payons ni l’électricité ni de loyer et en plus nous avons l’apport économique du travail que nous effectuons.

Au début, comme tout était sale, cela nous dégoutait, en plus il y avait de tout dans les poubelles. On s’est habitué avec le temps et puis on œuvre pour la planète d’une certaine manière. Je suis fier de faire partie de cette équipe ».

"Aujourd’hui les gens ont pris conscience de l’importance du recyclage. Cela serait bien que tous les argentins prennent conscience de l’importance d’avoir un pays propre."

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Âge : 47 ans
Situation : NA
Ancienneté : 4 ans

Monica

Cela fait quatre ans que Monica a intégré la coopérative. Elle travaillait depuis 20 ans dans une grosse entreprise avant de perdre son emploi et de rester deux ans sans travail. Puis elle est entrée dans la coopérative par l’intermédiaire d’une amie qui y travaillait. Aujourd’hui elle est responsable de la section tri.

« Je suis bien ici, je suis du quartier alors je viens en vélo tous les jours. C’est ma seule source de travail. Nous ouvrons les sacs du quartier fermé, rien ne se perd ici, tout se recycle. Je ne sais pas exactement à qui on vend tout cela et où cela va mais tout se vend ! Au début, trier les déchets me « coûtais », en plus tout était sale dans la coopérative, entre les lieux qui n’étaient pas adaptés et les déchets qui arrivaient sales… Mais maintenant ça va.

Ici le problème, c’est les jours où il pleut: nous n’avons pas assez de place pour travailler à l’intérieur, c’est très sale en plus. Tu vois dans le hangar, le toit, l’eau passe quand même, cela a toujours été précaire cette partie. Quand il pleut, cela sent mauvais, c’est épouvantable. Mais si Dieu le veut, nous aurons bientôt le tapis de tri qui va vraiment nous faciliter le travail. Comme j’ai travaillé dans une grosse entreprise, je vois cela d’un œil industriel: on va travailler à la chaine, les uns à côté des autres et ça sera plus simple pour trier.

"Je ne savais rien du recyclage quand je suis arrivée ici, et puis j’ai appris, maintenant je sais que c’est important pour l’environnement."

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Âge : 50 ans
Situation : NA
Ancienneté : 2 ans, vient de démissionner

Olga

Durant l’entretien, Olga a particulièrement insisté sur le rôle positif des machines au sein de la coopérative et notamment du camion. Elle voulait même se faire photographier à côté car « il fait partie de la coopérative ».

« Je vais parler même si j’ai démissionné aujourd’hui. Ça fait 2 ans que j’ai intégré la coopérative. J’aime bien le travail ici, je suis habituée. J’ai démissionné parce que j’ai trouvé un travail qui paye plus mais je pense que je vais quand même travailler l’après-midi, je me suis arrangée avec Edgardo. Je suis bien adaptée à ce travail, on forme une famille avec les filles, nous sommes tous amis. Le matin, je serai nourrice dans une famille, c’est moins d’heures et mieux payé.

"Le contact avec les déchets ne me gêne pas, c’est comme de nettoyer sa maison, moi j’arrivais ici et je me disais que je nettoyais ma maison."

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Âge : 56 ans
Situation : NA
Ancienneté : 2 ans

Susana

Cela fait deux ans que Susana travaille dans la coopérative. Elle y est entrée grâce une voisine qui travaillait ici. Avant elle travaillait dans la rue: elle ramassait les cartons et autres matériaux recyclables, puis les triait à domicile avant de les vendre. Susana semble être la seule de la coopérative à avoir exercer l’activité de récupération des déchets de manière indépendante et informelle avant d’intégrer Creando. Le fait d’être en coopérative semble avoir amélioré ses conditions de vie et de travail.

J’aurais souhaité l’interroger davantage sur le changement que représente pour elle le fait d’être en coopérative en comparaison à la collecte informelle; mais Susana était mal à l ‘aise durant l’entretien, je n’ai donc pas insisté.

"J’aime bien ce métier, je faisais déjà cela avant. Bientôt, le tapi de tri va beaucoup améliorer nos conditions de travail."

Ressources bibliographiques

DÉCOUVRIR

01.

Travailler sur la perception des récupérateurs
Pour beaucoup, travailler des déchets, c’est être associé à une série de représentations liées à la souillure, cette idée que la matière contamine (Cf : Les travailleurs des déchets de Corteel et Le Lay). Pour nombre de biffins à Paris, le travail s’effectue dans l’ombre et pour certains dans le secret, sans l’avouer à leurs proches. Lorsque la récupération est associée à la création d’objets, d’instruments de musique, les déchets deviennent ludiques. Mais pour beaucoup de gens, il reste une barrière psychologique. Ainsi, certaines personnes déposant dans une ressourcerie n’y achètent pas nécessairement pensant que les lieux de reventes d’objets récupérés et valorisés « ne sont pas pour eux » (Cf : entretiens avec Ma Ressourcerie).
Public Objectif Outils Matériel
Collégiens L’intérêt d’un atelier avec des adolescents sur cette thématique sera donc de dépasser cette barrière psychologique et de changer leur regard sur les déchets et les personnes qui en vivent.
  • Le webdocumentaire pourra servir d’appui à l’atelier
    Au travers de des portraits, l’enseignant interrogera les élèves sur ce qu’ils retiennent du projet, sur la perception qu’ils ont des déchets, des personnes en vivant…. Les textes sur l’expérience des récupérateurs en Argentine seront particulièrement utiles puisque ceux-ci précise bien que travailler à la coopérative leur a permis d’avoir une amélioration de leur condition de vie, un revenu régulier et correct mais aussi l’opportunité d’acquérir une formation et un savoir sur des enjeux environnementaux à un niveau local.
  • La fabrication d’un mur des CurioZ’ités
    fabriqué à partir de matériaux de récupération, il représente l’occasion pour les élèves de fabriquer un objet à partir de matériaux qu’ils auront ramené en classe et d’y laisser les messages clés qu’ils retiennent de leur atelier. Une fois fini, le « mur des CurioZ’ités » pourra être accroché dans la classe.
  • Pour la projection du webdoc :
    Un ordinateur, un vidéo projecteur et Internet
  • Pour le mur des CurioZ’ités :
    plusieurs grands carton, des punaises, des bouts de ficelles et divers objets qui serviront de décoration : bouchons de bouteilles, lacets de chaussures usagés, pinces à linges … Pour écrire les messages, utiliser du papier brouillon ou de veilles enveloppes déchirés. Le but étant d’utiliser majoritairement des matériaux de recup’.

02.

Comment triez-vous chez vous ?
Si le tri sélectif est entré dans nos foyers depuis une vingtaine d’années, la France reste le mauvais élève du tri en Europe ! Au delà du tri sélectif, cet atelier pédagogique pourra aborder les questions :
  • de gâchis alimentaire : chaque Français jette en moyenne 20 kg d’aliments par an à la poubelle, 7kg d’aliments encore emballés et 13 kg de restes de repas, de fruits et légumes abîmés et non consommés…
  • de suremballage : il est possible de préférer des produits peu emballés
  • des objets finissant à la déchèterie alors qu’ils pourraient être déposés dans une ressourcerie par exemple.
Public Objectif Outils Matériel
Primaire et collège Au-delà du tri sélectif en lui même, il s’agit surtout d’interpeller sur les méthode de consommation : pourquoi éviter les produits suremballés ? Que contient ma poubelle ? Comment pourrais-je la diminuer ? Que devient cet objet si je l’envoie à la déchetterie ? Plutôt que de le jeter, ne pourrais-je pas le déposer à une association ? Ai-je besoin de racheter un nouveau téléphone portable alors que celui que j’ai marche bien ? Au quotidien nous pourrions grandement contribuer à la réduction de déchets juste en modifiant nos habitudes de consommation… Le webdocumentaire pourra servir d’appui à l’atelier notamment grâce aux portraits des Recuper’Acteurs français qui donne une deuxième vie aux objets qu’ils collectent. Deux possibilités s’offrent à l’enseignant en fonction de ses moyens :
  1. Avec de vrais objets
    • prévoir plusieurs grands bacs en plastique ou en carton avec des pancartes « plastique », « papier », « non recyclable », etc. ;
    • demander aux élèves de ramener des emballages propres, des objets dont ils ne veulent plus, des vêtements ;
    • organiser un tri par petits groupes d’élèves ;
    • organiser un temps d’échange analysant leur pratique actuelle et future.
  2. Sans objets
    Le procédé est le même, mais on utilise à la place des objets des papiers avec écrits dessus : « emballage pastique », bouteille en verre », « pull », « ipod », ou des images correspondantes.

Outils
pédagogiques

"Le savoir est un genre d’ignorance
qui distingue l’homme studieux."

Ambroise Bierce

01.

Documents à télécharger

02.

Ouvrages sur la question des déchets en France
  • BERTOLINI, Gérard. « Les déchets : rebuts ou ressources ? » in Economie et statistiques, n°258-259, 1992, p.129-134
  • BERTOLINI, Gérard, Déchet, mode d’emploi, Economica, 1996
  • CORTEEL, Delphine ; LE LAY, Stéphane, les travailleurs du déchet, Paris, Eres, août 2011
  • DAGOGNET, F, Des détritus, des déchets, de l’abject, Les Empêcheurs de penser en rond, le Plessis Robinson, 1997
  • DE SILGUY, Catherine, Histoire des hommes et de leurs ordures, du Moyen âge à nos jours, Le cherche midi, Paris, 2009
  • GOUHIER, Jean, Géographie des déchets : l’art d’accommoder les restes, Paris, Centre de documentation industrielle, centre Georges Pompidou, 1984
  • HARPET, C, Du déchet, Philosophie des immondices, Paris, L’Harmattan, 603 p., 2003
  • HARPET, Cyrille ; LE LIN, Brigitte, Vivre sur la décharge d’Antananarivo, regards anthropologiques, l’Harmattan, Paris, 2004

03.

Ouvrages sur la récupération à Buenos Aires
  • CARRE, Marie-Noëlle, Trier et récupérer à Buenos Aires. Des cartoneros aux conteneurs - les transformations territoriales du service de gestion des ordures ménagères à l’épreuve de la sélections des déchets recyclables dans la Ville autonome de Buenos Aires (Argentine), Master 2 sous la direction de Marie-France Prévôt-Schapira et de Paul Arnould, soutenu le 19 juin 2008.
  • CARRE, Marie-Noëlle, Buenos Aires ou les territoires de la récupér-action, Géoconfluences, (http://géoconfluences.ens-lsh.fr/doc/transv/DevDur/devdurScient8.htm)
  • MESA, Pablo Edgardo, Los recuperadores urbanos en la gran Ciudad metropolitana de Buenos Aires, Buenos Aires, Prometeo libros, 2010
  • PAIVA, Veronica, Cartoneros y cooperativas de recuperadores. Una mirada sobre la recoleccion informal de residuos. Area Metropolitana de Buenos Aires, 1999-2007, Prometeo libro, Buenos Aires, 2008.

04.

Pour les petits
  • BAUMANN, Anne-Sophie, Où vont les déchets de ma poubelle?, Mon premier exploradoc, Tourbillon, 2013
  • BERTOLINI, Gérard, DELELANDE, Claire, La poubelle et le recyclage. A petits pas. Actes Sud Junior, 2007
  • NOBLET, Jean-François, Les déchets, Milan, 2005
  • DELAUNOIS, Angèle, LAFRANCE, Marie, Le nouveau voyage de monsieur caca, Les 400 coups, 2013

05.

Liens Internet
  • Argentine
    • ONG Greenpeance Argentine: http://www.greenpeace.org/argentina/
    • ONG Gaia : http://www.no-burn.org
    • Observatoire nationale de la gestion des déchets urbains : http://www.ambiente.gov.ar/observatoriorsu/institucional/
    • Atlas Envrionnemental de Buenos Aires : www.aamba.gov.ar
    • Creando Conciencia: http://www.creandoconciencia.com.ar/
    • Blog “Où je recycle” : http://www.dondereciclo.org.ar
  • France
    • Centre national indépendant d’information sur les déchets (CNIID) : http://www.cniid.org/
    • ONG Enda Europe, campagne IWPAR (pour l’inclusion sociales des recupérateurs de déchets dans les villes du sud) : http://www.iwpar.org/enda-europe.html
    • Les Acteurs du Paris durable: http://acteursduparisdurable.fr/
    • Les Amis de la Terre, campagne “Produits pour la vie” : http://www.produitspourlavie.org/
    • Association Amélior: http://amelior.canalblog.com/
    • Biffins de la Porte Montmartre, “Sauve qui peut” : http://biffins.canalblog.com/
    • Association Talacatak : http://talacatak.org/
    • L’Heureux Cyclage: http://www.heureux-cyclage.org/
    • La Cyclofficine: http://cyclocoop.org/

06.

Documentaires audiovisuels
  • BALLIS, Helène, KLEYNJENS, Manon, Millones en la basura (Des millions dans les poubelles), Documentaire français (26 minutes), janvier 2009
  • BOOTE, Werner, Plastic Planet, collection Docs citoyens, 2010

Quelques
mots...

Je m'appelle Maeva Morin. Mon aventure commence en argentine en 2008 lors d’un premier séjour de six mois. Alors étudiante en Histoire, je tombe tout de suite amoureuse du pays et des gens. La question des récupérateurs de déchets m’interpelle dès cette année là mais je ne savais pas comment aller à leur rencontre. Je repartis convaincu de revenir pour réaliser un projet avec eux. C’est le cas en 2011 pour le projet Recuper’Acteurs avec le soutien de l’association Curioz’World. C’est en échangeant avec les membres de la coopérative Creando Conciencia, avec qui j’ai réalisé le reportage, que l’idée d’un regard croisé France-Argentine est née…

L’Association Curioz’World regroupe des curieux et curieuses en tout genre ! Elle a pour but de soutenir ses adhérents dans le montage de projets ayant pour buts la compréhension de sujets sociaux ou environnementaux et donnant lieu à une restitution de quelques formes que ce soit.